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Terrorisme au Bénin : un rapport inquiétant alerte sur la collaboration entre djihadistes et réseaux de trafiquants dans le nord

Un rapport intitulé "Liens entre extrémisme violent et activités illicites au Bénin" a été publié le mercredi 06 septembre 2023 par l’Institut d’Études et de Sécurité (ISS Africa). L'enquête qui prend en compte les quatre départements du nord Bénin montre la collaboration entre djihadistes et réseaux de trafiquants.

Des écogardes au Parc Pendjari © STEFAN HEUNIS / AFP

Des écogardes au Parc Pendjari © STEFAN HEUNIS / AFP

Dans la partie septentrionale du Bénin, les groupes djihadistes bénéficient de la complicité des réseaux de trafiquants qui opèrent le long des frontières entre le Bénin et le Burkina. C’est ce que révèle le rapport de l’ISS. Cette étude signale que ces groupes ont profité d'activités illicites préexistantes dans les zones frontalières du nord du Bénin. Il s'agit notamment de la contrebande de carburant, du trafic de chanvre indien et de la chasse illégale.

 

Dans ce rapport de 28 pages réalisé par les chercheurs Jeannine Ella A Abatan et William Assanvo, il est signalé des liens de complicités entre les groupes djihadistes et les chasseurs qui utilisaient autrefois les parcs animaliers de la Pendjari et du W.  Cette complicité a notamment été motivée par la décision des autorités béninoises de confier la gestion de ces parcs à l’opérateur African Parks Network (APN).

 

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Une fois la gestion confiée à l'APN, le rapport souligne qu'il a mis en place des mesures de conservation de la nature (instauration de zones et de périodes de chasse et définition des espèces pouvant être chassées) qui ont considérablement limité les activités de chasse, notamment dans l’arrondissement de Matéri où elle est pratiquée par des familles bien établies. 

 

« Les restrictions imposées par l’APN ont joué un rôle dans l’émergence de tensions avec les populations riveraines des parcs de la Pendjari et du W. Ces tensions ont engendré un climat de méfiance et ont même débouché sur des affrontements entre les gestionnaires et les populations dans des localités riveraines des parcs au sein des départements de l’Atacora et de l’Alibori. La situation a poussé des chasseurs de cette zone – qui n’adhéraient pas à la nouvelle gestion ou qui avaient fait le choix de ne pas s’inscrire dans les programmes développés et proposés par l’APN – à se rendre dans la partie burkinabè du parc d’Arly afin de continuer à pratiquer leur activité. Cela a été rendu possible par l’établissement d’une collaboration avec des individus armés membres de la mouvance « djihadiste » opérant dans l’est du Burkina Faso », indique le rapport .

 

 

Une coopération entre jihadistes et chasseurs 

 

Selon le rapport, la collaboration entre chasseurs béninois et « djihadistes » s’est également appuyée sur l’instrumentalisation par ces derniers des tensions entre l’APN et les populations riveraines des parcs de la Pendjari et du W au Bénin. « Pour s’associer à des membres de ces communautés et recruter en leur sein, les « djihadistes » ont autorisé les chasseurs à mener leur activité dans le parc d’Arly, sous leur contrôle, en se présentant en défenseurs d’un prétendu droit d’essence divine de tuer les animaux, dont aucun gouvernement ne saurait priver quiconque.  Ils ont toutefois imposé certaines conditions, notamment l’interdiction de convoyer des porcs au Burkina Faso, de boire de l’alcool et de se faire accompagner de femmes dans les forêts. Les chasseurs ont également dû se convertir à l’islam. En contrepartie de l’autorisation de chasser, les chasseurs ravitaillaient les groupes extrémistes en biens nécessaires à leur survie dans le parc d’Arly, tels que des produits alimentaires (riz, huile, fromage, pâtes alimentaires, sel, etc.) ou des produits issus du braconnage (viande fumée, organes de lion). Au-delà de cette association pratique, la collaboration entre les deux parties a également conduit au recrutement de certains chasseurs dans les rangs des « djihadistes », précisé le rapport.

 

 

Cependant, le rapport mentionne qu'il n’y a pour le moment, aucun élément prouvant que des Béninois participent directement aux attaques terroristes. Les chercheurs soulignent qu’il y a plutôt des alliances d’intérêt entre les membres des groupes djihadistes et des acteurs locaux qui sont impliqués dans des activités illicites.  « Les groupes offrent aux personnes impliquées dans ce trafic, des garanties de sécurité pour que le trafic puisse continuer. En retour, les trafiquants de carburant payent une contrepartie financière et fournissent aussi aux groupes terroristes, du carburant qui est une ressource stratégique pour leur mobilité », a déclaré Jeannine Ella Abatan, chercheuse au bureau Afrique de l’Ouest de l’ISS.

 

Repenser la lutte contre le djihadisme au Bénin

 

Les principaux groupes terroristes qui opèrent dans le nord du Bénin, signale l'étude, sont l’État islamique au Sahel (anciennement EIGS) et du Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans (GSIM). Des jihadistes venus du Nigeria seraient également présents dans le nord du Bénin. Ils seraient affiliés à l’Etat islamique en Afrique occidentale (Iswap, sigle anglais), constitué des transfuges du groupe nigérian Boko Haram, opérant dans le nord-est et le nord-ouest du Nigéria dont les Etats du Niger et de Kebbi sont frontaliers au Bénin.  « La majorité des attaques qui ont touché le nord du Bénin sont attribuées au Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans affilié à Al Qaeda », signale la chercheuse Jeannine Ella Abatan

 

Elle invite les autorités béninoises à aller au-delà d'efforts ponctuels tels que des arrestations de trafiquants ou le démantèlement de leur réseau pour lutter contre la criminalité transfrontalière organisée. « Il convient d'apporter des réponses durables et multidimensionnelles qui s'attaquent aux facteurs structurels. Les efforts de l'État visant à affaiblir les groupes extrémistes violents en coupant leurs chaînes d'approvisionnement doivent également tenir compte de la complexité et des dynamiques qui sous-tendent les liens entre extrémisme violent et activités illicites », indique la chercheuse.

 

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Selon le rapport, il est donc important d'impliquer les communautés dans la conception et la mise en œuvre des réponses visant à affaiblir les groupes jihadistes. « Dans la lutte contre ce phénomène, il faut éviter de créer les conditions d’un basculement de certaines catégories socioprofessionnelles dans les groupes extrémistes violents. L’État doit déployer des efforts basés sur la protection des populations et de leurs biens afin de garder les communautés de son côté. Il est donc impératif d’éviter la stigmatisation des différentes catégories socioprofessionnelles documentées dans le cadre de cette étude, dont certains membres entretiennent des relations avec les groupes extrémistes violents », préconise l'étude. 

 

Pour consulter l'intégralité du rapport de l’Institut d’Études et de Sécurité, veuillez cliquer ici 

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