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Bénin : Amnesty International dénonce des expulsions forcées du gouvernement Talon pour des projets touristiques

Amnesty International Bénin a présenté à la presse ce jeudi 7 décembre 2023 à Cotonou son rapport de 78 pages intitulé : « Chassés pour planter des cocotiers, expulsions forcées pour le tourisme et l'aménagement du Littoral au Bénin ». Ce rapport met en exergue les violations des droits de l'homme dans la réalisation de plusieurs projets touristiques sur la côte de Cotonou.

Des maisons cassées à Cotonou. Image d'illustration.

Des maisons cassées à Cotonou. Image d'illustration.

Au Bénin, le gouvernement présidé par Patrice Talon réalise des projets touristiques au prix d'expulsions forcées.  C'est ce qui ressort du rapport publié par l'organisation de défense des droits humains, Amnesty International.  À Cotonou, la Directrice régionale Afrique de l'Ouest d'Amnesty International, Samira Daoud a présenté devant la presse ce jeudi 7 décembre 2023 la substance de ce rapport.  

 

« Le rapport porte spécifiquement sur les cas des projets de développement de la Marina à Djègbadji à Ouidah, du complexe hôtelier à Avlékété, mais aussi sur des projets d'aménagement du littoral ou de l'aménagement de centre administratif commercial à Cotonou dans le quartier de Fiyégnon 1 et dans le quartier de Xwlacodji », souligne-t-elle.

 

Fabien Offner, chercheur principal sur le Bénin, a déclaré au cours de ses échanges avec la presse que le rapport montre entres autres « l'opacité dans le recensement des habitants, le délai assez court avant les expulsions, le manque d'information sur les documents publics, l'opacité dans l'indemnisation, des familles divisées, les sites de réinstallation manquant des besoins fondamentaux de l'homme »

 

Ce rapport, a-t-il indiqué, n'est pas le résultat d'une invention d'Amnesty International. « On se base sur le droit. On compare des situations qu'on documente avec un cadre juridique et on détermine si ce cadre juridique a été respecté ou pas. Ce cadre juridique n'est pas celui d'Amnesty International, c'est celui de textes internationaux ratifiés par le Bénin, c'est le pacte international relatif aux droits et codes politiques, c'est la charte africaine des droits de l'homme et des peuples », a martelé le chercheur.  

 

Le rapport de 78 pages présenté aux hommes des médias ce jeudi 7 décembre met en évidence les manquements du cadre juridique avant, pendant et après « les expulsions forcées dont ont été victimes plusieurs milliers de personnes au Bénin depuis 2021, en lien avec quatre projets de développement touristique ou d’aménagement du littoral ».
 


Amnesty International évoque des dérives lors des opérations d'expulsion forcées au Bénin

 

« Au total, 120 personnes, dont au moins 30 femmes, ont été sollicitées aux fins de l’élaboration de ce rapport. Les entretiens ont été menés en langues françaises et fon »,  indique le rapport d'Amnesty International lancé ce jeudi 7 décembre 2023.

 

Ledit rapport apporte des précisions sur les défaillances observées dans le processus d'expropriation en amont, pendant et en aval. « Des chercheurs ont estimé à « environ 10 000 » le nombre de personnes expulsées à Cotonou depuis 2017, dans le cadre de différents projets mis en œuvre dans la capitale économique et sa périphérie 1 », lit-on dans le rapport.

 

Des responsables d'Amnesty International présentant le rapport à Cotonou

 

« Ce rapport sur les expulsions forcées au Bénin est le résultat d’entretiens et de recherches menés dans ce pays par des délégués d’Amnesty International entre le 21 et le 31 janvier 2023, puis entre le 26 février et le 2 mars 2023  et d’entretiens et de recherches menés à distance en 2022 et 2023 » informe Amnesty International Bénin.

 

Sur le plan juridique, en tenant compte des dispositions du droit international, beaucoup d'impairs ont été commis, alerte l'exposé d'Amnesty International.« Je n’ai pas vu de documents officiels concernant l’expulsion. Les autorités locales sont seulement venues dire oralement aux habitants qu’il fallait partir. Nous n’avons pas été orientés. Des machines sont arrivées sur place trois jours avant la destruction », raconte Firmin Zounyekpe Kouassi dans les résultats de cette enquête.

 

LIRE AUSSI : Lutte contre la cybercriminalité au Bénin : l'OCRC laisse place au Centre national d'investigations numériques (CNIN)

 

Un peu plus loin, dans la section indemnisation du rapport, une victime se confie : « Mon père était propriétaire d’environ trois hectares. Le mètre carré était estimé à 5 000 francs CFA (7,62 €) il y a déjà longtemps.152 Mais aujourd’hui on nous propose 1 000 francs CFA par mètre carré (environ 1,50 €). Ce n’est pas raisonnable, cela ne correspond même pas au prix que le gouvernement avait lui-même estimé. Comme mon père, beaucoup de gens ont travaillé comme pêcheurs au Gabon et ont investi ici dans des terrains pour leur retraite, près de l’océan qui est l’environnement qu’ils connaissent. »

 

Le rapport renseigne qu'après les expulsions, de nombreuses personnes ont perdu leur emploi ou ont vu leurs conditions de travail se dégrader fortement et durablement, avec des conséquences sur leurs droits économiques, sociaux et culturels ».

 

Des recommandations à l'État béninois

 

Face à ces multiples manquements vis-à-vis des victimes au cours de cette opération, l'organisation des droits de l'homme dirigé au Bénin par Dieudonné Dagbeto suggère une bactérie de recommandation à l'Etat béninois, notamment de  : « surseoir aux procédures d’expropriation des propriétaires fonciers à Avlékété, tant qu’un accord pour une indemnisation juste et préalable n’a pas été trouvé ».

 

Aussi ont-ils recommandé de « prendre des mesures urgentes pour proposer des mesures d’indemnisation et de réinstallation en consultation réelle avec les résidents de Fiyégnon , et en conformité avec le droit international ».

 

Le Directeur d'Amnesty International Bénin, Dieudonné Dagbéto signale que l'organisation de défense des droits a déjà procédé à la remise du rapport au ministère du Cadre de vie et du développement durable, mais aussi celui de la Justice. « Les autorités béninoises ont été réceptives face aux recommandations formulées par l'organisme international », affirme-t-il.

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Commentaires

Comlan

Chaque chose a son temps.Du courage aux victimes.

08-12-23 à 08:03

Hounvènou Adrien

Rapport pertinent et courageux face à l'opacité des opérations d'expropriation. J'espère que le gouvernement prendra en compte les recommandations pour corriger le tir. C'est triste pour des populations , tant d'espoir brisé , des familles disloquées .

07-12-23 à 05:51

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